Les fantômes du vieux pays
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Nathan Hill

The Nix

En anglais, nix signifie « refuser », « dire non » ou bien « rien ». Le titre original a été largement modifié dans sa traduction bien que ça ne change pas le contenu de ce roman. Avant tout, je dois vous le dire, autant j’ai adoré Les fantômes du vieux pays, autant je n’ai pas du tout accroché au dernier roman de Nathan Hill ; Bien-être. C’est d’autant plus étonnant qu’il a été largement apprécié mais c’est comme ça, ici j’assume mes goûts et mes ressentis. 

Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill a reçu le prix de la révélation étrangère 2017 par le magazine Lire ainsi que le prix Art Seidenbaum pour la première œuvre de fiction 2016. C’est amplement mérité ! Très bien écrit, le roman suit une construction littéraire classique : deux personnages principaux et des sauts dans le passé de chacun nous permettant, peu à peu, de comprendre l’histoire personnelle et nous rapprochant de la quête de notre protagoniste. 

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

L'histoire d'un fils et de sa mère

Tout débute par un scandale : une femme âgée d’une soixantaine d’années attaque un gouverneur en passe de se présenter à la campagne présidentielle. Or, cet incident qui aurait pu passer inaperçu a été filmé et est largement diffusé jusqu’à faire le buzz dans les médias.
Nous découvrons alors Samuel Anderson, un professeur d’université, trentenaire ou quadra, un peu quelconque, ne baignant pas dans la réussite mais bien installé dans sa vie, questionnant son métier. Tandis que ses élèves paraissent peu intéressés par ses cours, lui-même  joue tous les soirs à un jeu en réseau. Ce n’est pas un loser mais c’est un personnage quelconque, on s’y attache car il ressemble à chacun d’entre nous. Nous apprenons ainsi qu’il a été abandonné par sa mère à l’âge de onze ans. Puis une révélation surgit (et non, je ne vous spoilerai pas il faudra lire le livre !) et le voilà embarqué dans une enquête sur sa propre mère, pour chercher à comprendre avec en toile de fond l’Amérique des années 60, les manifestations de 68 et l’atmosphère qui s’y rattache. Comme vous vous en doutez, le second protagoniste est sa mère que nous découvrirons plus tard… Mais voilà le centre du sujet du livre : la rencontre d’un fils et de sa mère, vingt ans après son départ. Que s’est-il passé ? Pourquoi est-elle partie ? Va-t-on réellement avoir une réponse à cette question ? Les questions autour de la parentalité, des relations mère-enfant, sujet si tabou dans la société actuelle en soulèvent de nombreuses autres.

Le suspens est donc bien au rendez-vous !

Les fantômes du vieux pays - Nathan Hill

Extrait

Prologue
« Fin de l’été 1988
Si Samuel avait su que sa mère allait partir, peut-être aurait-il fait plus attention. Peut-être l’aurait-il davantage écoutée, observée, aurait-il consigné certaines choses essentielles. Peut-être aurait-il agi autrement, parlé autrement, été une autre personne.
Peut-être aurait-il pu être un enfant pour qui ça valait la peine de rester.
Mais Samuel ne savait pas que sa mère allait partir. Il ne savait pas qu’en réalité elle partait depuis des mois déjà – en secret, et par morceaux. Retirant des choses de la maison, une à une. Une robe de son placard. Une photo de l’album. Une fourchette du service en argent. Un édredon de sous le lit. Chaque semaine, elle prenait un objet différent. Un pull. Une paire de chaussures. Une décoration de Noël. Un livre. Lentement, sa présence s’atténuait dans la maison.
Elle s’y employait depuis presque un an quand Samuel et son père commencèrent à éprouver une sensation étrange, une sorte de déséquilibre, un sentiment confus et parfois dérangeant, voire morbide, de rapetissement. Le phénomène les frappait dans des moments curieux. Ils regardaient la bibliothèque, interloqués, et pensaient soudain : C’est tous les livres qu’on a ? Ils passaient devant le vaisselier et se figeaient, convaincus qu’il manquait quelque chose. Mais quoi ? Face à cette impression bizarre, aux détails du quotidien soudain remaniés, ils étaient à court de mots, interdits. Ils n’avaient pas compris que s’ils ne mangeaient plus de plats en cocotte, c’était parce qu’il n’y avait plus de cocotte dans la maison. Que si la bibliothèque semblait dépenaillée, c’était qu’elle l’avait dépouillée de tous les recueils de poèmes. Et que s’il semblait y avoir tout à coup de la place dans la vitrine du vaisselier, c’était que le service avait été soulagé de deux assiettes, deux bols et une théière.
Comme s’ils étaient cambriolés au compte-gouttes.
« Il n’y avait pas plus de photos sur ce mur avant ? demandait le père, debout au pied des marches, en plissant les yeux. On n’avait pas cette affiche du Grand Canyon, là-haut ?
– Non, répondait la mère de Samuel. On l’a enlevée.
– Ah bon ? Je ne m’en souviens pas.
– C’est toi qui as voulu l’enlever.
– Moi ? » s’étonnait le père, pris dans un brouillard épais. Il avait l’impression de perdre la tête.
Des année plus tard, en cours de sciences au lycée, Samuel entendit une histoire à propos d’une espèce de tortues d’Afrique qui traversaient l’océan pour venir déposer leurs oeufs sur les plages d’Amérique du Sud. Les scientifiques avaient cherché en vain une raison à cet immense périple. Pourquoi les tortues prenaient-elles cette peine ? La théorie dominante voulait qu’elles aient commencé à le faire des milliers d’années plus tôt, quand l’Amérique du Sud et l’Afrique étaient encore collées l’une à l’autre. A l’époque, une rivière à peine séparait les deux continents et les tortues venaient simplement déposer leurs œufs sur la rive opposée. Mais par la suite, lorsque les continents avaient entamé leur inexorable dérive, la rivière s’était élargie centimètre par centimètre, chaque année, de manière indécelable par les tortues. Elles avaient donc continué à se rendre au même endroit, sur la rive opposée, chaque génération nageant un tout petit peu plus loin que la précédente, et après cent millions d’années, la rivière était devenue un océan, sans que jamais les tortues ne s’en rendent compte.
Voilà comment sa mère les avait quittés, décida Samuel. Voilà de quelle manière elle était partie – imperceptiblement, lentement, bribe par bribe. Taillant dans sa vie comme dans la pierre, jusqu’à ce que la seule chose qui reste encore à dépouiller de son socle soit sa propre personne.
Le jour où elle disparut, elle quitta la maison, une seule valise à la main. « 

L'avis de Charlotte

❤️ La force de ce livre est qu’il ne s’essouffle pas, le rythme est maintenu et à chaque fin de chapitre, une envie irrésistible de continuer à le lire fait surface. C’est un vrai plaisir à lire !

A travers ce roman, l’auteur arrive, avec un peu de cynisme et d’humour noir, à nous dépeindre une Amérique contemporaine, des chemins de vie dont la route n’est pas toute tracée.

8/10

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