Il est des hommes qui se perdront toujours
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Rebecca Lighieri

Un père violent

Rebecca Lighieri de son vrai nom Emmanuelle Bayamack-Tam est autrice de près d’une vingtaine d’autres livres soit sous son pseudo soit sous son vrai nom : Husbands (2013), Les garçons de l’été (2017), Arcadie (2018), Tout ce qui brille (1997) …

Dans Il est des hommes qui se perdront toujours, le récit tourne autour d’un dénominateur commun Karl, un père violent et abusif et ses trois enfants, deux garçons Karel et Mohand et une fille Hendricka. La mère Loubna Melakhessou semble en retrait.

Dès le début j’ai eu du mal à comprendre où est ce qu’on allait. En fait, jusqu’à la moitié du roman, j’ai été incapable de le résumer. 🚩 De quoi ça parle au juste ? L’histoire des enfants d’un père tyrannique ? L’histoire du premier fils Karel au physique somptueux ? ou l’histoire du petit frère handicapé victime de l’ultra-violence de Karl ? On s’y perd un peu entre les gitans, les histoires de jeunes, la toxicité maximale à la maison avec les deux parents consommateurs d’hero. On sent la tension que l’auteure veut maintenir, on pressent qu’elle veut finir en beauté sur un gros wow, que le tragique arrive, que toute cette histoire ne se terminera pas bien mais on va devoir tout lire. Je suis donc un peu mitigée car je n sais pas trop à quoi ni à qui m’attacher. Les personnages oscillent entre courage et lâcheté, cruauté, violence et résilience. La vie dans un quartier y est décrite, les différences sociales sont capturées à travers les histoires d’amour de Karel.
📗 Et puis, j’ai fini par comprendre… C’est un roman sur la transmission. La transmission de la violence.
La violence du père est difficile à lire. On souffre pour ces pauvres enfants. Il y a des pages vraiment brutales qui donnent la nausée.

Page 188 – Karel parle des filles d’une classe sociale plus élevée, les prénoms en « i » (les Aurélie, Julie…)
« J’ai beaucoup repensé à l’enfance, récemment. Et pas seulement à la mienne, mais à celle de tous ceux qui ont traversé la leur comme une nuit qui n’en finissait pas. Je ne vais pas séparer les gens en deux sur cette seule base, mais il me semble quand même que je les reconnais et qu’ils me reconnaissent. Dans le regard des filles en « i », je lis trop d’innocence, trop de confiance, pour ne pas avoir envie de les bousiller. Heureusement pour elles, je ne veux pas être comme mon père, un mec qui abîme ses gonzesses. Je ne veux pas être un mec qui abîme quoi que ce soit, d’ailleurs, sauf que je m’apprête précisément à le faire. »

L'avis de Charlotte

C’est très bien écrit mais c’est décousu. Le livre est un peu trop manichéen il aurait été intéressant d’insuffler un peu d’humanité à ce père d’une malveillance extrême et constante pour que le lecteur comprenne la situation des enfants qui ne peuvent s’empêcher d’aimer leur père/bourreau. Ici, l’horreur est telle qu’on ne peut que le haïr et cela enlève un peu de finesse au roman qui en devient par moment caricatural. Malgré tout, c’est un roman très bien écrit qui porte très bien son titre !

7/10

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