Femmes tout au bord
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Clarisse Gorokhoff

Un livre éblouissant

“Femmes tout au bord”, j’ai adoré le titre, un titre dont le vide parle de lui-même. Des femme au bord du vide, du gouffre, de la mort ?

Des lettres échangées

Tout commence par une lettre.
Anouk aime Paul mais celui-ci l’a vraisemblablement quittée. La mère de Paul, Faye, va mourir.
Alors Anouk, qui ne connaît pas Faye, va lui écrire. Une lettre si bouleversante et pleine de vérités que Faye va lui répondre. Ce livre est la correspondance d’une mourante avec une jeune femme qu’elle n’a jamais rencontrée, mais qu’elle semble pourtant connaître. “Je vais chez une morte. Ou plutôt chez son veuf. Je ne les ai jamais rencontrés mais elle, je l’ai bien connue. On s’est écrit chaque jour pendant quatre mois, jusqu’à ce qu’elle décide que souffrir n’était plus une preuve de courage. Au Nouveau-Mexique, si on insiste un peu, on peut mourir dignement. Faye Steiner a insisté.”

Ce qui est TRES TRES fort dans ce roman, c’est qu’il nous happe complètement, comme un thriller, à travers les lettres nous plongeons dans une histoire auréolée d’un mystère que nous allons peu à peu découvrir. C’est à la fois poignant car nous devenons témoins de la fin de vie de Faye, en comprenant sa vie mais aussi de celle d’Anouk.

Extraits

Page 59
“J’ai ri, poliment. Mais j’avais l’impression que tout autour de moi s’était figé, et qu’à l’intérieur, au contraire, tout s’était liquéfié.
Tu as déjà connu ça, Anouk ? Ce moment extrêmement rare, et extrêmement précis, où quelqu’un entre dans ton monde presque par effraction, et rend la vie d’avant vaine, caduque ?”

Page 121
“Je rangeais les courses dans le coffre quand j’ai remarqué une inscription sous mes pieds : TOO LATE.
J’ai eu un vertige, comme si ça m’était adressé.
Trop tard ? Pour quoi ? Le grand amour ? Un rĂŞve Ă  accomplir ? Un monde meilleur ?
J’en ai tremblé de tout mon corps.
Comme beaucoup, j’ai eu la chance de pouvoir faire des choix. Et malgré ça, j’ai passé mon temps à imaginer celle que j’aurais été si j’en avais fait d’autres.
Si on avait dit à la Faye de seize ans qu’elle deviendrait mère au foyer, à étaler du beurre de cacahuètes sur du pain de mie, à enchaîner les lessives et les horaires, elle aurait explosé de rire. Et pourtant, j’ai passé ma vie à mettre en ordre une maison où je n’avais pas d’espace à moi. Peut-être que c’est ça aussi, être mère : appartenir aux autres. Ne jamais être totalement soi.”

L'avis de Charlotte

❤️ Enfin, il me paraît essentiel de souligner l’immense talent de Clarisse Gorokhoff qui écrit de manière littéraire et poétique, qui maîtrise parfaitement le fond et la forme du roman.
C’est un magnifique ouvrage qui mérite tout simplement 5 étoiles.
A lire, à dévorer, à offrir.

9/10

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