Le Correspondante
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Virginia Evans

Un roman épistolaire

La Correspondante de Virginia Evans (traduit par LeĂŻla Colombier est un roman GENIAL.

Déjà il faut savoir que je voue une passion pour les romans épistolaires !!
Je trouve ce genre complètement sous-cotĂ©. C’est un style tellement intĂ©ressant sur le plan littĂ©raire car Ă  travers un rĂ©cit fragmentĂ©, on peut amener une description des personnages librement, l’auteur met bien ce qu’il veut dans les lettres, on a l’impression d’être dans un documentaire, ça amène beaucoup de rĂ©el au livre. Ainsi on peut apprendre des choses Ă  la fois dans les lettres Ă©crites (ce que pense un personnage de lui-mĂŞme en dit long, son style d’écriture) mais aussi dans celles qu’il reçoit (l’image qu’il renvoie, ce que pense l’autre de lui). Le lecteur peut alors se laisser embarquer et se laisser voguer au grĂ© des lettres. D’autre part, l’auteur peut sauter des pĂ©riodes, revenir en arrière, le rythme est assez rapide. Ici, Virginia Evans laisse parfois passer des mois mais avec une simple lettre on comprend tout de suite ce qu’il s’est passĂ©. J’ai dĂ©couvert, entre autres, il y a longtemps les Lettres de mon moulin (Alphonse Daudet, 1866) et Les Liaisons dangereuses (Pierre Choderlos de Laclos, 1782) que j’avais adorĂ©, puis Oscar et la dame rose (Éric-Emmanuel Schmitt, 2002), Nous sommes cruels (Camille de Peretti, 2006), Une forme de vie (AmĂ©lie Nothomb, 2010) et Le Cercle littĂ©raire des amateurs d’Ă©pluchures de patates (Mary Ann Shaffer et Annie Barrows, 2009).
Le roman épistolaire amène du suspense, de la douceur, une complicité entre le lecteur et le personnage, un livre complètement immersif. L’absence de lettre a parfois plus de poids que les mots.

La Correspondante - Virginia Evans

Ce que j’ai adoré dans ce roman c’est la personnage principale, Sybil Van Antwerp qui a 73 ans au début du livre. Et que ça fait du bien d’avoir ENFIN une personne âgée comme protagoniste. Et qui plus est qui n’est pas vraiment sympathique !! C’est rafraîchissant et puis aussi ça nous dit qu’on peut vivre des choses en étant vieux, qu’on peut même avoir des histoires d’amour.
Sur dix ans, nous allons être témoins de la vie de Sybil, retraitée, mère et grand-mère qui a pour passion l’écriture de lettres. Elle écrit à ses amis, à sa famille mais aussi à des écrivains et parfois à des inconnus. Elle en reçoit aussi et c’est là que le livre est génial. Le lecteur se voit plongé sous des tas de lettres et d’emails et on a l’impression d’être témoins d’échanges qui devraient rester confidentiels.

Extraits

Page 72 – On apprend à connaître Sybil
« Tu te demandes d’où je viens. J’ai grandi aux quatre coins de la Pennsylvanie, un peu dans l’Ohio, et enfin dans le Maryland. Ma mère avait grandi en Arizona et mon père dans le Maine , et ajoutons à ça que j’ai été adoptée à quatorze mois. Comme tu peux le voir, cette question simple n’a pas de réponse simple. J’ai bien eu trois enfants, comme c’est le cas de tes parents, mais le deuxième est mort à l’âge de huit ans. Il s’appelait Gilbert. Mon fils Bruce est avocat à Alexandria, et ma fille Fiona est architecte et vit en Angleterre. J’ai deux petits-enfants (Hank et Violet) et un troisième à naître le mois prochain. Je ne suis plus mariée, tu as vu juste, en revanche mon mari n’est pas mort. Nous avons divorcé. Il vit à Bruges, en Belgique, d’où il vient. »

L'avis de Charlotte

Le roman édité par les éditions La table ronde est magnifique. La couverture est pleine de poésie. Le verso qui fait office de marque-page est en forme d’enveloppe, c’est superbe.
Le lecteur va partager avec Sybil sa solitude, son intimité, sa mémoire, son identité et puis aussi l’absence, parfois l’attente.
C’est jouissif !

8,5/10

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