Cabane
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Abel Quentin
Vers l'effondrement du monde
Cabane est le troisième roman de l’avocat Abel Quentin (de son vrai nom Albéric de Gayardon). C’est l’histoire de quatre chercheurs dans les années 1970 qui vont travailler sur un rapport scientifique commandité par le Club transatlantique. L’objectif ? Etudier différents scénarii en fonction de la production industrielle et agricole, de l’évolution de la démographie, de la pollution et des ressources naturelles. Leur conclusion est sans appel, nous allons inévitablement vers l’effondrement du monde tel qu’on le connait. Ils sont à l’Université de Berkeley surnommée « la Harvard de l’Ouest » au sein du Département de dynamique des systèmes. Dès le début nous sommes prévenus « Le contenu du rapport 21 est librement inspiré du rapport Les Limites à la croissance, de 1972.» (le rapport Meadows lancé par le Club de Rome étudié au MIT). Mais alors que le résultat des recherches fait grand bruit, les résultats alarmistes vont malheureusement vite se faire oublier, trop difficile à accepter ?
Le récit gravite autour de cinq protagonistes devenus lanceurs d’alerte : le commanditaire du rapport Daniel W. Stoddard, le chercheur français Paul Quérillot, les deux américains Mildred et Eugène Dundee et le norvégien Johannes Gudsonn.
Le roman est divisé logiquement en 5 parties (Le rapport, Les Dundee, Quérillot, Rudy, Gudsonn) qui alternent les points de vue. Peu à peu, nous suivons la vie de chacun des chercheurs, entre l’Europe et les Etats-Unis. Chaque récit est passionnant. Le fil rouge qui permet de tenir en haleine le lecteur est le mystère qui gravite autour de Gudsonn, le Norvégien surdoué en mathématiques qui a disparu inexplicablement.
Extraits
Page 110 – Le rapport se fait oublier
« Ivres de leur succès, ils avaient cru qu’être reçus partout signifiait être écoutés partout. Reçus partout, ils le furent d’ailleurs de moins en moins, à partir de l’année 1974. L’intérêt pour les thèses développées dans le livre s’essoufla. Le livre fut remplacé par d’autres sur les tables des librairies, et les craintes qu’il exprimait furent elles aussi remplacées par d’autres. Le public était retourné à l’auge, et les journalistes que les Dundee appelaient leur expliquaient patiemment, de moins en moins patiemment, qu’ils avaient eu leur moment et qu’il était passé. […] L’avenir du monde est une préoccupation oiseuse, une lubie bizarre pour tout dire. Si on se préoccupe de l’avenir du monde alors on oublie l’avenir des Etats-Unis et pendant ce temps-là les Chinois n’oublient pas l’avenir de la Chine, eux. Les Russes n’oublient pas l’avenir de la Russie, eux. Et pendant que vous rêver tout haut, pendant que vous lisez l’avenir dans vos graphiques et vos modèles compliqués, vous vous faites voler. Les Chinois et les Russes vous font les poches, littéralement. L’avenir du monde est une préoccupation de perdant, de raté, de poissard, ça déprime tout le monde et rapidement les gens vous fuient comme si vous aviez la peste. Les gens n’avaient pas envie qu’on les angoisse avec des images de destruction et de mort. »
L'avis de Charlotte
Le gros point négatif du roman est son titre. Mais quelle idée ? Pourquoi ce titre ? A quoi faire référence « cabane » ?
Alors oui, on parle de cabane à la fin du livre mais ce n’est pas un élément central du récit. En plus le mot « cabane » ne donne pas envie d’ouvrir le livre, il n’a aucun rapport avec le texte. C’est franchement dommageable et c’est à mes yeux une erreur de la maison d’édition. J’aurais appelé le livre « Les quatre de Berkeley » ou même sobrement « Le rapport 21 » mais pas « cabane » !!
Tout au long de ma lecture, je pensais noter le livre 8,5/10 car il est franchement bien écrit, on ne s’ennuie pas, j’étais passionnée. Mais voilà, à partir de la quatrième partie, ça s’essouffle et il y a des longueurs… Ça en fait un roman un peu inégal avec un début et un milieu excellent mais une fin beaucoup trop longue sans trop d’intérêt. Il aurait mérité de s’arrêter un peu plus tôt.
Malgré cela c’est un bon roman très détaillé qui décrit avec justesse notre société en crise. La force du récit est de dénoncer l’immobilisme sociétal face à des rapports scientifiques sans appel (les rapports du GIEC par exemple ?). C’est alarmant sans être alarmiste. En 2024, il a reçu le Prix des libraires de Nancy – Le Point.
7,5/10
- Page Babelio
- Pour l’acheter chez votre libraire (EAN : 9782290382271)
- Critique Avis Cabane de Abel Quentin | Romans Culture-Tops
- Carton, G., Valiorgue, B., & Gauthier, T. (2023). Rapport Meadows : Pourquoi les alertes de 1972 ont été ignorées par les chercheurs en management ?
Charlotte
Chroniques littéraires
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