La physique des catastrophes
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Marisha Pessl
Traduit par Laetitia Devaux, le titre est vraiment plaisant dans sa langue originale : Special Topics in Calamity Physics
Dans La physique des catastrophes, une jeune fille nommée Bleue Van Meer, dotée d’une grande intelligence, voyage avec son père, un professeur d’université réputé. Charismatique et exubérant, il voyage à travers les Etats-Unis, changeant de lieux d’études plusieurs fois par année. La mère de Bleue est décédée lorsqu’elle était jeune et ils se retrouvent donc tous les deux. Ces déménagements successifs seraient-ils un moyen de fuir leur drame personnel ?
Mais pour sa dernière année au lycée, son père décide de s’installer pour l’année dans une petite ville. Habituellement peu populaire, elle va pourtant cette fois-ci être invitée dans un cercle très privé animée par une professeure peu ordinaire. Cette dernière s’appelle Hannah. Elle invite uniquement des jeunes hors du commun à partager des repas animés de discussions passionnées et plus encore. Mais un drame va survenir et tout, absolument tout, va être chamboulé.
Extrait
Début du roman (Gallimard)
« Papa disait toujours qu’il faut une sublime excuse pour écrire l’histoire de sa vie avec l’espoir d’être lu.
« A moins que ton nom ne soit comparable à ceux de Mozart, Matisse, Churchill, Che Guevara ou Bond – James Bond -, il vaut mieux que tu consacres ton temps libre à peindre avec tes doigts ou à pratiquer le palet, car personne, mis à part ta pauvre mère aux bras flasques et aux cheveux rêches qui te couve d’un regard tendre comme du veau, ne voudra écouter le récit de ta pitoyable existence, laquelle s’achèvera sans doute comme elle a commencé – dans un râle. »
Avec des critères aussi stricts, j’étais persuadée que je ne trouverais de toute façon pas ma sublime excuse avant d’avoir au moins soixante-dix ans, lorsque je serais pleine de tavelures et de rhumatismes, mais dotée d’un esprit aussi tranchant qu’un couteau de boucher, d’un mas provençal à Avignon (où je pourrais me délecter de 365 fromages différents), d’un amant de vingt ans plus jeune qui travaillerait aux champs (des champs de quoi, je l’ignore, sans doute une plante dorée et vaporeuse) et, peut-être, d’un petit succès à mon actif en sciences ou en philosophie. Et pourtant, la décision – ou plutôt, la nécessité impérieuse – de prendre la plume pour raconter mon histoire et tout particulièrement l’année où elle se défit comme un pull dont on a tiré une maille, eut lieu beaucoup plus tôt que je ne l’aurais imaginé.
Tout commença par une banale insomnie. Cela faisait près d’un an que j’avais découvert le corps de Hannah, et je pensais avoir effacé en moi toute trace de cette nuit-là, un peu comme, à force d’exercices de prononciation, le professeur Henry Higgins finit par gommer l’accent cockney d’Eliza (voir My Fair Lady).
Je me trompais.
Fin janvier, je me réveillais à nouveau en pleine nuit, tandis que le couloir obscur se taisait et que des ombres hérissées se blottissaient à l’arête du plafond. Mes seuls biens en ce monde se limitaient à quelques gros manuels suffisants tels qu’Introduction à l’astrophysique ainsi qu’à un triste et silencieux James Dean prisonnier de son affiche en noir et blanc et des bouts de scotch qui le plaquaient au dos de notre porte. En l’observant à travers les ténèbres en taches d’encre, je vis tout à coup Hannah Schneider comme si elle était là. »
L'avis de Charlotte
9/10
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Charlotte
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